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 XTC

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6-21-3-11
Elfe Noir
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MessageSujet: XTC   Lun 31 Juil - 16:25

1978, Swindon Town, Wiltshire, Angleterre. Sur les brisées d'un groupuscule heavy-glam, The Helium Kidz, Andy Partridge (chant, guitare, écriture de 3 bons quarts des morceaux), Colin Moulding (chant, basse, écriture du dernier quart des chansons), Barry Andrews (claviers aux sons de fête foraine) et Terry Chambers (batterie) fondent XTC dans le sillage du mouvement punk encore dominant. De celui-ci, ils reprennent à leur compte l'extraordinaire énergie, l'irrévérence (une reprise suintant l'ironie du "All Along The Watchtower" de Dylan en atteste), les guitares électriques sur-nerveuses et les tempos amphétaminés. Ce faisant, ils laissent sciemment de côté ce qui en constitue, c'est selon, l'essentiel ou l'accessoire – la conscience politique, la violence extrême et les épingles à nourrice. Deux albums assénés la même année ("White Music" et "Go 2") les voient se faire les dents, qu'ils ont alors longues et incisives, sur une formule hybride qu'on pourrait qualifier de doo-wop-punk-pop syncopé, extrêmement mélodique mais pas toujours simple d'accès – le phrasé hargneux et étouffé de Partridge ne facilitant pas les choses. Brian Eno, pourtant, déclare alors au détour d'une interview qu'XTC est LE groupe dont il aimerait être membre. Et très vite, les choses se décantent, voyant XTC passer dès l'année suivante du succès d'estime au triomphe fugace mais international. La raison tient en une chanson, "Making Plans For Nigel", portée par une ligne de basse tournoyante en diable et dont on ne compte plus désormais les reprises (des Rembrandts à Nouvelle Vague, en passant par Robbie Williams), hymne involontaire de la "new wave" qu'il est toujours amusant de retrouver sur les compilations "années 80" (puisque que paru en 1979). L'album dont la chanson est issue, "Drums & Wires" est le premier à bénéficier de l'apport de celui qu'il n'est pas usurpé de qualifier d'élément déclencheur de l'essor artistique d'XTC : Dave Gregory, guitariste équitablement virtuose, discret et inventif. Barry Andrews, lui, s'est fait la malle, et le disque, s'il est encore anguleux et imparfait, se révèle autrement plus consistant et original que ses prédécesseurs



Début des années 80 (pour de vrai, cette fois-ci). Boosté par son aura grandissante et des prestations scéniques unanimement louées, XTC invente avec l'album "Black Sea" (1980) rien moins que la formule qui, 14 ans plus tard, rendra Blur célèbre avec "Parklife" : une écriture pop viscéralement anglaise, gorgée d'harmonies 60's et de textes sous haute influence kinksienne ("Respectable Street", "Towers of London") mais ancrée dans son époque par une rythmique dansante et implacable, quasi disco par instants. Deux ans plus tard paraît le double album "English Settlement", qu'il est de bon ton, dans le manuels d'Histoire, de tenir pour le "grand œuvre" du groupe, son "Sgt Pepper"… Lieu commun confinant à la paresse de rock critic que l'on prendra ici, une fois n'est pas coutume, un certain plaisir à remettre en cause. D'abord parce que l'album – nanti certes de morceaux de bravoure et ouvert à diverses influences (médiévales, espagnole, africaines…) peu ordinaires – paraît aujourd'hui un poil trop long, tarabiscoté et écartelé entre formule électrique puissante à la "Black Sea" et esquisses plus personnelles. Aussi car cette même paresse qui consiste à voir en lui le disque ultime d'XTC rejaillit souvent négativement sur son successeur, "Mummer" (1983), qui mérite autrement mieux qu'une étiquette de faire-valoir. Souvent présenté comme un album de transition, "Mummer" est pourtant le disque de l'affirmation d'XTC comme groupe de studio, nettoyant progressivement tous les stigmates de ses débuts punky, et s'adonnant à la confection de chansons abouties et oniriques comme jamais jusqu'alors – le (logiquement) merveilleux "Wonderland", "Love On A Farmboy's Wages" et son parfum de musique celtique, ou encore "Ladybird". L'écriture d'Andy Partridge, comme libérée d'un poids, commence à afficher une aptitude sidérante pour absorber des harmonies, couleurs et climats propres aux influences les plus disparates, et pourtant développer une identité propre, sans équivalent. Dans les notes de livret du coffret rétrospectif "Coat of Many Cupboards" (2004), Harrison Sherwood note ainsi avec justesse : "La carrière d'XTC est marquée par le balancement de deux forces. D'un côté, le groupe change d'année en année, évoluant sur un plan stylistique de l'angularité fougueuse et agressive de ses débuts à son exact inverse : le lyrisme exquis de sa maturité. De l'autre, il y a sur chacun de ses albums quelque chose d'indéfinissable, une âme, une personnalité, qui rend XTC immédiatement reconnaissable, même à l'auditeur le plus occasionnel."



Aux causes du raffinement progressif de la musique d'XTC, il convient sans nul doute de mentionner le chaos vécu par le groupe en 1982, durant la tournée d' "English Settlement". L'anecdote est célèbre : au Palace, à Paris, alors que le concert n'a débuté que depuis deux minutes, Andy Partridge se défait de sa guitare, plié en deux, et regagne en urgence les coulisses (scène stupéfiante dont il existe un témoignage vidéo sur le site non officiel Chalkhills, ici !). Une surdose de Valium aura eu raison de ses velléités scéniques : persuadé sur l'instant qu'il va mourir, Partridge jure (et tiendra promesse) que le groupe ne donnera jamais plus de concert. Si bien que le dernier set européen "entier" de son histoire, sauf revirement improbable de situation, demeurera à jamais celui de Lyon la veille au soir, le 17 mars 1982 – date à laquelle, pour avoir personnellement grandi à quelques encablures du feu Palais d'Hiver où eut lieu le show, je me maudis régulièrement de n'avoir été âgé que de deux ans.
A compter du milieu des années 80, la carrière du groupe prend, dans les faits, une trajectoire schizophrène. Chez Virgin, XTC peaufine tous les deux-trois ans des albums formidables, semblant à chaque fois se répondre les uns aux autres : l'apaisement de "Mummer" précède les visions électriques et très urbaines de "Big Express", auxquelles succède le néo-classicisme aérien de "Skylarking" (1986) (chef-d'œuvre conçu aux Etats-Unis sous la houlette de Todd Rundgren), lui-même prélude à l'exubérant et clinquant "Oranges & Lemons" (1989). En parallèle, comme pour exorciser certains démons vivaces, les membres du groupe changent de nom, se muent en Dukes of Stratopshear et prétendent être une tribu de freaks tout droit télétransportée du milieu des années 60, jouant avec des instruments d'époque une musique au croisement des Electric Prunes et des Hollies. La supercherie a beau être vite décelée, il n'est pas rare d'entendre des non-fans d'XTC louer ces exercices de style sans prétention, et les décréter même supérieurs à leurs productions d'ordinaire ultra-sophistiquées. On peut les comprendre, mais ils ont tort, bien sûr.
"Oranges & Lemons", peut-être plus que tout autre disque d'XTC, est symptomatique de cette fracture. De prime abord, admettons qu'il n'est pas simple d'adhérer à l'univers hérissé et tout en outrances sonores de ce disque, chapeauté – et ça s'entend – par l'ingénieur du son de titres très périssables de Yes ou Culture Club. Pourtant, par delà la barrière du son, se dresse l'une des œuvres les plus affirmées et essentielles de la carrière du groupe, qui, dans sa forme, paraît diffuser le message suivant : "sachez ne pas vous fier à quelques évidences trompeuses, et la félicité s'offrira à vous". En d'autres termes : non, malgré la présence sur "King For A Day" d'arpèges réminiscents de ceux de "Everybody Wants To Rule The World", XTC n'a rien à voir avec les laborieux Tears For Fears. Pas plus que l'excellent "One of the Millions" de Colin Moulding (très inspiré tout le long du disque) ne rend hommage, en dépit de ses flûtes déconcertantes, à Jethro Tull. Il faut prendre la peine de contourner ces pièges en forme de perches tendues à la presse musicale britannique (qui ne fut pas toujours tendre avec cet album, et au-delà, avec le groupe) pour s'émerveiller de la beauté inouïe d'"Oranges & Lemons", de l'égale grandeur de ses textes et de ses constructions musicales. Preuve en est que c'est justement en fin de parcours, en récompense à ceux qui auront eu la bonne idée de le suivre tout le long de ce carnaval sonore, que Partridge se révèle le plus vulnérable et délesté de toute forme de bouffonnerie, sur un "Chalkhills & Children" auquel on chercherait en vain le moindre défaut.
Passée l'étape "Nonsuch" (1992) – autre probante réussite en 17 titres renouant par instants avec l'esprit d' "English Settlement" –, XTC marque néanmoins le pas pour la première fois de son histoire. Non que ses membres s'adonnent à une quelconque farniente prolongée : il y aurait, en se penchant sur les disques des divers artistes auxquels ils prêtèrent alors main forte, de quoi constituer la plus belle compilation pop des années 90 (Duffy, Terry Hall, David Yazbek, Martin Newell, l'Affaire Louis Trio, Aimee Mann, Brian Stevens, The Chills, Louis Philippe…). Mais la décennie du grunge, de la brit pop et de la drum & bass est aussi celle du point de non-retour des relations entre XTC et sa maison de disques de toujours, Virgin. Si bien que Partridge, Moulding et Gregory, pris dans un bras de fer éreintant, doivent attendre 1999 pour pouvoir de nouveau publier des chansons sur un autre label, Cooking Vinyl. Dire que le résultat se révèle à la hauteur de l'attente serait euphémiser platement : "Apple Venus vol.1" (1999) est bien plus qu'un album réussi de retour. C'est un aboutissement, le sommet des visées orchestrales de Partridge jusqu'alors uniquement développées par fragments, une collection de chansons parfaite. Cordes en quantité mais jamais pompières, piano, cuivres, batteries réduites à leur plus simple expression et harmonies vocales magiques concourent au façonnement de l'œuvre la plus intemporelle et supérieurement inspirée de l'histoire d'XTC. Un disque si dense et subtil qu'il ne pouvait que s'accompagner d'une suite en forme de négatif – "Wasp Star ("Apple Venus vol.2", 2000), second volet tout en guitares électriques tapageuses et textes simplifiés comme rarement, presque paillards. Lorsque retentit sur son titre final, "The Wheel & The Maypole", un roulement de caisse claire aussi nerveux que celui qui ouvrait le tout premier album "White Music", il n'est pas dur de ressentir, un tantinet mélancolique, une volonté discrète de la part du groupe de proverbialement "boucler la boucle" et apposer à sa discographie un point final – fût-il suspendu. A ce jour, un nouvel album d'XTC paraît de nouveau très improbable, et les rares nouvelles à émerger de Swindon proviennent des compilations de démo "Fuzzy Warbles" que Partridge concocte depuis la cabane de son jardin. Qu'ajouter alors en guise de conclusion ?



Dans un entretien accordé aux Inrockuptibles en 1989, Andy Partidge, questionné sur l'influence qu'exercèrent les Beatles sur lui, eut la réponse suivante : "Il y a du Beatles dans notre musique, mais aussi du Captain Beefheart, des groupes de jazz, d'autres qui n'étaient pas forcément musiciens, comme Miro, Walt Disney… Tout, absolument tout ce que j'ai pu voir, entendre, sentir, lire, et ce depuis que je suis né. Si les gens n'y voient que du Beatles, c'est qu'ils ne veulent y chercher que du Fab Four… Ils pourraient aussi y trouver du George Orwell, ou tout ce qu'ils cherchent". Une clé pour pénétrer l'univers d'XTC réside peut-être dans cette confidence, incitant à ne pas considérer le groupe à l'aune de critères exclusivement pop et britanniques ; à s'adonner au jeu de décryptage constant des multiples clins d'œil et détails allusifs dont les chansons de ce groupe sont jonchées ; à essayer par exemple de comprendre pourquoi, à 11 ans d'intervalle, "The Loving" (1989) et "I'm The Man Who Murdered Love" (2000) tiennent sur le même sujet un discours radicalement opposé ; à tenter de déceler quel lien souterrain peut bien traverser une œuvre suscitant une admiration sans borne auprès de gens aussi disparates que, ça ne s'invente pas, Luis Rego et Trent Reznor ; bref, à s'abreuver d'une discographie (intégralement rééditée en 2001 par Virgin) dont chaque pièce, à l'image de la construction cyclique de "Skylarking" (1986) paraît conçue pour ne jamais s'arrêter et offrir à chaque nouvelle écoute le contraire exact de toute forme de lassitude - un émerveillement perpétuellement enrichi.

Makin plans for Nigel : http://www.youtube.com/watch?v=-1edqgoY4WI
Dear god : http://www.youtube.com/watch?v=wXZhpduVCjs
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