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 Impitoyable

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6-21-3-11
Elfe Noir
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MessageSujet: Impitoyable   Jeu 1 Juin - 8:30









Le western était mort. Il avait connu son heure de gloire entre 1940 et 1970, avec l'affrontement de 2 écoles : le style hollywoodien de John Ford et John Wayne, et l'école italienne, parodie de la première, avec Sergio Leone et Clint Eastwood. Là où les productions américaines revêtaient un aspect évidemment historique avec les guerres indiennes et la guerre civile, les Italiens mettaient en scène des hommes appâtés par l'or, faisant fi de toute morale, le tout enrobé par une réalisation tout en exagération, d'un baroque extraordinaire de beauté. Les figures du « Duke » et de l'Homme sans nom ressortent largement du lot : de part le charisme de Wayne et d'Eastwood d'abord, et par la profondeur des personnages. Des hommes sûrs d'eux, arrogants, n'ayant pas peur de la mort, que ce soit celle des autres ou la leur. Des super-mecs en somme. Le western était donc moribond jusqu'à ce jour, en 1992, où sortait sur nos écrans Impitoyable de Clint Eastwood, dernier porteur des espoirs de tout un pan du cinéma. Il n'a pas déçu.

William Muny est un paisible fermier, veuf et ex-tueur. Il vit avec ses deux enfants dans une ferme isolée au Kansas. A Big Whysky, petite bourgade dirigée de main de fer par le shérif Little Bill, une prostituée se fait lacérer le corps par deux cow-boys mécontents de ses services. Ses collègues se cotisent pour mettre leurs têtes à prix. William ayant désespérément besoin d'argent se met en route avec son ami Ned et « Le Kid », fils d'un ancien compagnon, pour tuer les 2 cow-boys.







Clint Eastwood a vieilli depuis l'époque de Rawhide et de Leone. Il a bien évidemment évolué physiquement, plus maigre, plus sec, mais également dans la tête. Finie l'époque de la jeunesse immorale où l'on chevauche à travers les plaines en tirant sur tout ce qui bouge. Cette évolution se retrouve dans le rôle crée par et pour lui-même de William Muny ancienne terreur régionale, aujourd'hui paisible fermier. Cette construction permet à Eastwood de s'interroger sur toute la mythologie du Far West, sur le personnage du cow-boy et sur son image. Ancienne figure mythique, il va s'évertuer en réalisant un western « réaliste » à la détruire. Car après tout, qu'est-ce qui fascine autant dans le western et dans ses personnages ? Les chevauchées à travers la campagne, les duels, les armes, l'invincibilité apparente des héros ? En y regardant de plus près et en étant rationnel, le héros de western est une bête sanguinaire crasseuse évoluant dans un environnement presque sauvage. Eastwood n'utilise aucun artifice de mise en scène, pas de musique grandiloquente, mais reste dans la sobriété pour présenter un cow-boy humain et réel. Son William Muny est en effet un homme blessé, fatigué, rongé par le remords, Ned et le Kid vont voir des prostituées, Little Bill passe à tabac des vieillards… La volonté de réalisme d'Eastwood démythifie complètement l'atmosphère. Le cow-boy est devenu vulnérable.

Fini également le code d'honneur et la loyauté. Le duel n'a en effet plus cours dans Impitoyable. Lorsqu'on a la possibilité de tuer son adversaire en étant embusqué ou lorsqu'il est aux toilettes, on n'hésite pas. Le duel est le symbole du Far West, c'est tout ce qu'il y a de plus noble, de plus chevaleresque dans le genre. Ce n'est pas un hasard si les plus belles scènes du genre sont des duels. En négligeant volontairement cet aspect, Eastwood va encore plus loin dans sa démarche de créer un western glauque, un western humain, un western moral en somme. Il ne lui reste plus qu'à détruire définitivement le « super héros » qu'est le cow-boy. Et c'est la qu'intervient le personnage d'English Bob. Petite légende locale vieillissante, très agile du colt, il est suivi dans le film par un écrivain qui rédige sa biographie intitulée Le Duc de la mort. Ce titre est loin d'être anodin, étant une référence au surnom de John Wayne. Bob n'est présent dans le film que pour se faire tabasser par Little Bill puis s'en retourner d'où il vient. Le Duc est devenu le « Duke ». Le héros est définitivement devenu humain, à la portée de tout le monde. Chaque balle tirée prend ici une importance demesurée comparée à ce qu'on voyait dans les anciens westerns et leurs massacres sanguinaires qui passaient inaperçus. Ici, chaque balle porte un nom. Lorsque le Kid tue le second cow-boy, il n'a que ses yeux pour pleurer et sa bouche pour s'enivrer.







Clint Eastwood a également mûri en tant que réalisateur. Son style est ici volontairement sobre, très posé. La photographie est superbe, avec de magnifiques plans des plaines du Kansas sous la neige et constitue une splendide toile de fond pour les acteurs. Ces derniers, menés par Eastwood font preuve d'une grande crédibilité : Morgan Freeman prouve enfin qu'il peut jouer autre chose qu'inspecteur de police à la retraite et Gene Hackman est terrifiant de haine et de sang froid (il sera d'ailleurs récompensé par l'oscar du second rôle).

Apres avoir réalisé Josey Wales : Hors la loi, Pale Rider et L'Homme des hautes plaines, Eastwood achève son cycle western en clôturant le genre. Il a redonne vie au style tout en l'achevant, en réalisant ce qu'on pourrait qualifier de « western ultime ». Récompensé par 4 oscars, il a certainement réalisé son chef d'œuvre.
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